Samedi 24 octobre
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12:33
La nuit tombe, et la fille court, essoufflée. Elle a perdu son chemin, elle a tourné à gauche après le rocher rond, perdue dans ses pensée, et elle se retrouve dans la mauvaise vallée, avec entre
elle et la maison le Bollenberg. Il va falloir qu'elle le contourne, elle en aura pour deux heures au moins... Personne ne s'aviserait de franchir le Bollen en pleine nuit, il est hanté, habité par
des trolls, et des sorcières.
La forêt a pris des airs de fantômes noirs, figés dans leur odeur de mousse et de champignons. Ils se penche sur le chemin, frôlent la fille de leurs branches maigres, et elle tressaille, et court
plus vite. Le chemin monte irrémédiablement vers le sommet du Bollen, elle cherche des yeux dans le crépuscule le chemin qui passe sous la colline, mais elle a dû le rater dans l'ombre, le chemin
est déjà trop escarpé, trop raide, elle s'inquiète...
Elle a raison.
Trois silhouettes se profilent devant elle, sur le chemin. Elle se fige, s'accroche à un tronc glissant de lichen humide, son coeur sur le point d'exploser. Trois ombres flottantes, claquement de
tissu dans le vent du soir, et une lanterne qui ondule dans le noir et projette des ombres longues, et effrayantes. Les sorcières! Ce sont les sorcières...
Elle empoigne sa jupe, pour faire demi-tour, tout sauf croiser le chemin de ces horreurs sataniques... Mais le chemin sombre derrière elle hulule au vent, et de l'autre coté il y a cette petite
lumière qu'elle pourrait suivre si aisément pour ne pas se perdre... Elle tergiverse un court instant, puis se décide : vaille que vaille. Elle montera sur le sommet, puis fuira à toutes jambes
vers le village, ce sera plus rapide! Avec un peu de chance les sorcières ne l'apercevront même pas.
Elle les suit à bonne distance. Les trois silhouettes montent le chemin avec l'assurance des habitués, elles semblent parfaitement à l'aise, évitant par là le tronc en travers, ici la petite
cascade glissante... Et le sommet apparait, petite clairière irrégulière, autour d'un rocher de grès rose plat, incliné, qui semble tenir sur un éboulis par l'opération du Saint Esprit, tant
l'échafaudage semble fragile.
Les formes s'arrêtent et la lueur aussi. Elle sait qu'elle ne devrait pas rester pour regarder et en profiter pour filer au plus vite vers les lumières du village qu'on aperçoit en bas mais c'est
plus fort qu'elle... Elle se rencogne dans un fourré de houx et de sapineaux, rassemble ses jupes autour d'elle pour qu'elles ne trainent pas, et se force à respirer très doucement.
La forme du milieu, la plus petite, se redresse, puis, comme une pelure, sa mante glisse de ses épaules et dévoile dans la lueur vacillante un corps fin, une peau blanche, une femme nue. Elle se
penche vers la lanterne, enflamme un petit morceau de bois, une sorte de torche improvisée, et s'approche du rocher. Elle s'y arrête, accroupie, et la fille se demande ce qu'elle peut bien y faire,
lorsque la lueur devient plus forte : la femme a allumé un feu, un bûcher sans doute préparé à l'avance et imbibé d'huile pour prendre plus facilement, malgré le vent et la pluie. La femme se
relève, et se retourne, le feu joue dans ses cheveux qui paraissent roux clair, et lèche son corps filiforme, ses seins hauts, ses hanches... La fille a la vague impression de la reconnaître, mais
n'a pas le temps de se poser la question. Les deux autres formes se sont approchées, et repoussent leurs manteaux, pour se dévoiler hommes, deux hommes vêtus de pourpoints de cuir, et de culottes
de soldats. Quel maléfice est-ce là? La sorcière séduit donc les hommes du Duc? La fille observe, les doigts crispés autour d'un tronc de sapin...
Les hommes ont saisi la femme, leurs mains la parcourent, et ils la fouillent, l'explorent, et la fille déglutit, saisie par le ballet des mains rudes sur le corps clair et ambré par la lueur du
feu. Puis ils la soulèvent de terre et la hissent sur le rocher au dessus du feu, l'un d'eux a des cordes à sa ceinture et les entoure autour de la femme, liant ses poignets, liant ses chevilles,
l'autre caresse les seins de la femme qui gémit au vent, la fille commence à avoir peur, et son ventre se crispe... Si elle bouge, ils la verront... Si elle ne bouge pas... Que va-t-elle voir? Quel
sombre sacrifice? Quel hideux sabbat? Elle ferme les yeux, mais les gémissements de la femme les lui font rouvrir, elle est fascinée...
Un claquement dans l'air, un sifflement... Un des hommes, la fille ne sait pas trop lequel, ils se ressemblent, grands, carrés, barbus, un homme donc a un fouet à la main. Il cingle l'air, et la
femme crie, le fouet s'abat sur elle et elle se tortille dans ses liens, le second homme rit, il ne parle pas, mais il glousse, et le premier fouette les cuisses et le ventre, implacable, et elle
crie et se débat... La fille tremble, saisie d'une irrépressible envie d'uriner, de peur... Elle s'est serrée contre le tronc, quitte à en garder les griffures au visage et sur les bras, elle
l'agrippe...
La femme ne crie plus, elle gémit doucement, le fouet s'est tu, le bourreau l'a lâché et a saisi la tête de la femme par les cheveux, la tirant par dessus le rebord du rocher, l'approchant de son
pantalon, la fille le voit sortir son vit dressé et le fourrer dans la bouche de la femme qui suce, et tète comme un enfançon têterait sa mère. La fille frissonne cachée dans son bosquet serré, sa
main se crispe sur son ventre tendu par l'envie de se soulager, et parcouru d'éclairs étranges de chaleur...
L'autre homme a grimpé sur le rocher et s'est allongé sur la femme, et la fille le voit la prendre, les mains agrippées à ses petits seins, grognant d'un plaisir lubrique, les hanches mues dans un
mouvement de balancier farouche, il emboutit la frêle silhouette, la fend comme le bélier fend la muraille adverse... Plus fort, la femme est tendue comme une corde d'arc, son corps se soulève du
rocher dans des soubresauts presque douloureux, l'homme sur elle émet un cri rauque, long, et l'autre se retire de la petite bouche, pour répandre sa semence sur le visage crispé dans de lubriques
gémissements, "Oui"... Elle crie "Oui"... La fille a senti son ventre exploser sous les cris, et s'inonde, incapable de se retenir plus longtemps, en longs jets elle se vide sur le sol dans ses
jupes, les jambes tremblantes... Puis comme montée sur un ressort, fouettée par l'atroce frisson dans son ventre, par l'immonde envie d'être à la place de cette femme, par l'horreur de cette simple
pensée, par la soudaine prise de conscience, elle a reconnu la fille du forgeron, la blonde Mathilda, elle se lève et court, court, sans un regard en arrière sur les trois silhouettes à présent
enlacées, et court vers le village.
Dans moins d'une demie-heure elle y sera, elle y arrivera en hurlant, elle racontera qu'elle a vu des démons, des sorcières, des diables, ils forniquaient et torturaient sur le Bollenberg, la
lubrique femelle, cette Mathilda, a séduit les soldats du duc et les a changés en monstres!
Le procès aura lieu le mois suivant, Mathilda défaite et amaigrie, le visage et les membres boursoufflés et déformés par les tortures, sera brûlée vive sur le Bollenberg. Jamais elle n'aura livré
les noms de ses deux compagnons de débauche.
Par Kireseth
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Publié dans : Chroniques de la Soumission
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