Sadèmes, nouvelles sado-masochistes
Il était une fois dans un petit royaume perdu dans les montagnes, dans une vallée sombre, une petit village. Dans ce village, une maison, habitée par un tailleur et son épouse. Enfin... Sa seconde épouse. La première était morte en couches, lui laissant une peine immense et une petite fille, blonde et belle comme un coeur, nommée Céleste.
Un jour, voyant sa fille grandir sans mère et pensant bien faire, le tailleur décida de se remarier. Il prit pour femme une veuve, mère d'une petite fille du même âge que sa propre enfant, une petite brunette renfrognée du nome de Mechtilde.
Il partait souvent en voyage, et voyait peu ses enfants, ainsi, il ne vit pas comment la belle-mère maltraitait sa fille à lui pour gâter et chouchouter la sienne propre... Dès que l'enfant fut en âge de tenir un fuseau, la belle-mère lui donna l'ordre de filer, du matin au soir et parfois même du soir au matin.
Céleste était une enfant calme, douce et peu encline à la révolte : elle souffrit bien entendu des mauvais traitements de sa belle-mère, qui l'affamait et la tuait à la tâche, mais elle aimait filer. En effet, elle pouvait se retrouver seule, et pendant que ses doigts agiles tournaient le fuseau et pinçaient le fil, son esprit partait en rêves rejoindre sa mère défunte, et souvent, il lui semblait sentir son doux parfum l'envelopper.
Un jour, elle tomba malade : sa tête l'élançait et la fièvre la faisait frissonner... Sa belle-mère pourtant ne cessait de la houspiller, brutale et insensible, comme toujours. Et comme Céleste ne filait pas aussi vite que d'ordinaire, on lui interdit d'aller se coucher sans avoir fini l'écheveau de fil qu'elle avait commencé et dont un client devait prendre livraison au matin. Et comme elle toussait, ordre lui fut donné de rester dehors, afin de ne pas troubler le sommeil de sa soeur. La belle-mère lui porta une lanterne et la pauvre Céleste dut s'asseoir au bord du puits pour filer et filer encore, alors que la nuit tombait.
Elle filait, inlassablement, mais la lanterne ne donnait que peu de lumière et elle n'y voyait plus goutte. Et elle finit par se piquer le doigt, et du sang coula sur le fil, le maculant de rouge. Horrifiée, la jeune fille ne savait plus quoi faire... Elle décida de plonger la quenouille dans l'eau, afin de laver le fil, et la déposa dans le seau du puits, avant de le faire descendre à la chaine. Malencontreusement, elle fit pencher le seau et un "plouf" lui annonça que sa précieuse quenouille était tombée dans l'eau, et coulait sans doute au fond du puits... Elle hésita, un long moment, puis, prononçant une courte prière, monta sur la margelle, et se mit à descendre le long de la chaine, pour retourner chercher son bien. Mais elle vint à glisser et dans un cri, tomba au fond.
Mais le puits était enchanté : quand elle se réveilla, elle se trouvait dans une prairie ensoleillée, devant une grande maison aux nombreuses fenêtres. Une femme entre deux âges, grande et belle, aux cheveux si clairs qu'ils semblaient blancs, vêtue comme une grande dame, se tenait au dessus d'elle et lui souriait :
"Je suis Frau Holle, et tu es ici chez moi. J'imagine que ceci t'appartient, mon enfant?"
La femme tenait à la main la quenouille tant désirée. Céleste s'empressa de se redresser et de s'incliner profondément devant la femme :
"Merci Madame! Merci d'avoir retrouvé ma quenouille!"
"Je te la rendrais, mon enfant, si tu acceptes de travailler pour moi pendant une année entière. A la fin de cette année, tu retrouveras ta quenouilles et tu toucheras le salaire que tu mérites."
"Mais,Madame... je...je dois rapporter cette quenouille avant le matin!"
La femme eut un sourire un peu énigmatique :
"Tu connais mes conditions, choisis!"
La voix de la femme, douce mais terriblement décidée, transperça le coeur de la jeune fille comme un couteau. Elle baissa la tête et acquiesça :
"Oui Madame, je ferai comme vous désirez."
"Bien! Voilà une bonne fille."
Et c'est ainsi que commença pour Céleste une période bénie. Oh, ce ne fut pas facile : Frau Holle présidait au temps, aux nuages, à la pluie et à la neige, et la tâche était immense.
Quand il devait y avoir des nuages, Céleste devait allumer du feu dans toutes les cheminées de la maison, qui comptait des centaines de pièces. La fumée des cheminées formait ainsi des nuages qui allaient apporter leur fraicheur sur la terre. S'il devait pleuvoir, Céleste arrosait toutes les plantes de la maison, et remplaçait l'eau de tous les vases. Et quand il devait neiger, elle se mettait à la fenêtre et aérait les couettes et les coussins de plumes de toutes les chambres, et chaque plume qui volait formait un flocon de neige.
Céleste était dure à la tâche, mais elle n'avait pas l'habitude de ce travail, et parfois, elle faisait des erreurs. Lorsque cela se produisait, sa Maîtresse ne criait pas, ne hurlait pas, ne devenait pas toute rouge comme l'avait fait sa belle-mère, non... Elle regardait sa servante, un peu peinée, et secouait la tête. Puis elle empoignait une longue canne, dont elle se servait pour pousser les nuages dans la bonne direction, et alors que Céleste soulevait sa robe et son tablier, en cinglait les cuisses de la jeune fille, tout en lui répétant fermement que de son travail dépendait la vie sur la terre. En effet, s'il pleuvait au mauvais endroit, ou neigeait au mauvais moment, les conséquences sur la terre étaient désastreuses. Céleste gémissait sous les coups mais savait très bien qu'elle les avait mérités. Elle se montrait même reconnaissante de ne recevoir que quelques coups pour une erreur qui pouvait se montrer si catastrophique.
Et lorsqu'il devait faire beau sur la terre, et que le soleil devait briller de tous ses feux, Céleste pouvait enfin se reposer. Elle passait la journée aux pieds de sa Maîtresse, qui lui racontait l'histoire du monde et des cieux, et lui enseignait à répondre à toutes les attentes d'une dame de qualité : se mouvoir avec grâce, parler d'une voix douce et employer un vocabulaire châtié, servir à manger et le thé, l'aider à s'habiller, et coiffer ses cheveux blancs comme la neige la plus pure, en coiffures complexes et sophistiquées. Céleste savourait ces moments de quiétude dans le bonheur le plus suave...
Mais un jour vint le temps de rentrer chez elle. Une année s'était écoulée et Frau Holle la convoqua devant elle pour lui parler:
"Il est temps, petite, que tu rentres dans ton foyer et que tu reçoives le salaire que tu mérites pour ta peine."
Céleste en pleurs supplia sa Maîtresse de la garder, mais celle-ci secoua la tête en lui tendant la quenouille :
"Non ma belle, c'est ainsi que doivent être les choses: un an tu devais passer ici, un an est passé, tu dois partir à présent."
Ainsi, Céleste dut quitter ce havre de paix et de quiétude, pour rentrer retrouver son père et sa belle-mère acariâtre. Au moment où elle passa la porte d'entrée du grand manoir de Frau Holle, une pluie d'or coula sur son visage et son corps et elle se trouva prise dans un tourbillon. Quand elle reprit ses esprits, elle était chez elle, à côté du puits.
C'est le coq de la maison qui la vit en premier et il cria de sa voix de coq, aigüe et perçante :
"Elle est revenue, notre Beauté dorée, voyez comme elle brille de mille feux!"
Et tous les habitants du village vinrent la voir, la toucher et l'admirer : sa chevelure blonde irradiait une douce lueur dorée, elle était prise dans un filet d'or pur. Sur son corps, sa robe usée s'était transformée en une toilette somptueuse, faite des dentelles les plus fines, et du tissu damassé le plus précieux. Une cascade de bijoux d'or et de perles ornaient son cou et ses bras, et même ses chaussures étaient brodées de diamants. Et entre ses mains, la quenouille brillait comme un trésor : son fil s'était changé en fil d'or pur, aussi fin qu'un cheveux et plus solide que l'acier le plus dur.
Lorsque la belle-mère vit ce qu'il était advenu de Céleste, elle ouvrit de grands yeux, et fit mine d'être très gentille avec elle, pour en apprendre plus. Elle écouta attentivement l'histoire de la jeune fille et la nuit venue, prit sa propre fille à part, et lui donna une quenouille qu'elle avait maculée de sang de poulet.
"Prends ça, jette la dans le puits et saute! Tu resteras un an avec la vieille et tu reviendras riche ma fille!!!"
Mechtilde n'avait aucune envie de suivre les conseils de sa mère, mais cette dernière l'encouragea si fort, qu'elle finit par accepter. Elle descendit dans le puits après y avoir jeté la quenouille et se réveilla au pieds de Frau Holle, qui l'accueillit avec les mêmes mots que sa demie-soeur.
Mais Mechtilde n'était pas habituée à travailler, ni sérieuse, ni même désireuse de bien faire. Elle renâclait à la moindre tâche, et se plaignait sans arrêt. Et lorsque Frau Holle voulut la corriger, elle hurla comme une damnée sous les coups et prétendit qu'elle était trop blessée et malade pour travailler dans les jours suivants. Elle ne cessait de chercher toutes les échappatoires pour ne pas faire son travail.
L'hiver cette année là fut bien court, il ne plut presque pas et neigea encore moins. Les cours d'eau se réduisirent à de fins filets d'eau et les cultures périrent sur pied avant la récolte, par manque d'eau. Frau Holle était effondrée, et malgré toute les explications et tous les encouragements et tous ses efforts pour dresser Mechtilde et en faire une servante dévouée, celle-ci lui riait au nez et se complaisait dans sa médiocrité et son égoïsme.
Enfin, une année s'écoula, et Frau Holle pût renvoyer chez elle la fille fainéante. Elle lui tendit sa quenouille et lui montra la porte avec ces mots :
"Tu recevras le salaire qui t'est dû, et crois-moi, le compte est bon."
Mechtilde piaffait d'impatience : elle se précipita par la porte et un rideau noir l'engloutit.
Lorsqu'elle apparut près du puits le coq chanta :
"Elle est revenue, la souillon, voyez comme elle est crasseuse et laide!"
Et en effet, au lieu d'or, Mechtilde était couverte de poix! Sa robe jadis si coquette s'était changée en nippe usée et déchirée, et ses cheveux souillés et gras pendaient sur sa figure sale en mèches emmêlées. A son cou pendait une corde et ses pieds étaient pris dans des sabots de bois pleins de fumier. Ses bras et ses jambes étaient couverts de pustules et elle se grattait, couverte de puces de la tête aux pieds. Et la quenouille s'était changée en petit tas de boue dans lequel gigotaient des vers.
Voyant cela, sa mère poussa des cris d'horreur, et même Céleste se prit de pitié pour sa demie-soeur devenue un monstre de foire. Elle tenta de la laver, et de l'habiller de neuf, en vain, tout ce qui la touchait se changeait en poix noire et gluante. Alors elle fit la seule chose qu'elle pouvait encore faire : elle sauta dans le puits et alla voir Frau Holle. Cette dernière la reçut avec un tendre sourire.
"Madame, je vous en prie! Ne laissez pas ma demie soeur souffrir ainsi, par pitié."
"Elle a ce qu'elle mérite! Elle est fainéante, égoïste et veule, et elle apprendra à ses dépens que son comportement est indigne."
"Mais elle souffre..."
"Tu as bon coeur, ma petite. Alors je te propose un marché: je lèverai la malédiction, mais à la condition que tu restes ici pour me servir jusqu'à ta mort! Pèse bien le pour et le contre, mon enfant, le choix est difficile et il n'y aura pas de retour en arrière."
Céleste tomba à genoux aux pieds de sa Maîtresse et embrassa ses pieds :
"C'est tout réfléchi Madame, je veux vivre au près de vous, pour toujours et à jamais."
Frau Holle sourit tendrement et posa sa main sur la tête de la jeune fille.
"Qu'il en soit ainsi alors... Pour toujours et à jamais"
Et comme Frau Holle n'est autre que la déesse Holda, la déesse de l'hiver, la maîtresse des sorcières et de la Grande Chasse, elle conféra à Céleste l'immortalité, afin que la jeune fille vive l'éternité à ses côtés. Et chaque fois qu'il neige en hiver, tu peux en avoir la preuve: Céleste est la servante la plus dévouée à sa maîtresse que le monde et les cieux aient jamais connus.
Pour Céléiane.
Sam 14 nov 2009
Aucun commentaire