Sadèmes, nouvelles sado-masochistes

En fin de compte il ne faudra que deux semaines à Honeymoon pour passer l'épreuve théorique : elle connait déjà les bases, puisqu'elle a grandi dans un foyer où la pratique est respectueuse de la loi et réfléchie.  
 
En fait, elle apprend plus de choses lors des séances de "motivation à l'apprentissage" qui ponctuent chacun des cours, plutôt que pendant les cours eux-même. Elle ne sera plus soumise à la honte de devoir se déshabiller devant tout le monde, et ne subira rien de plus qu'une petite fessée assénée par un des employés du centre, un jour que fatiguée, elle fait 4 fautes au lieu des maximum 2 qu'elle fait d'ordinaire.
Ce jour là elle a buté sur la question suivante :
 
"Un dominant attend dans une queue derrière une femme soumise enceinte. Doit-il faire jouer sa prérogative de dominant?"
 
Elle a répondu que la soumise doit laisser sa place, réponse fausse, puisqu'elle ne tient pas compte de la règlementation sur les droits des enfants en gestation : le bébé n'étant pas soumis il n'est pas concerné par les choix de vie de sa mère.  
 
Mais dans l'ensemble elle est très vite devenue incollable sur les questions concernant les relations publiques entre soumis et dominants déclarés. En effet, la loi a codifié assez strictement les comportements d'une caste envers l'autre suite à des abus assez sordides deux siècles plus tôt. On avait vu des soumis exploités par des inconnus sous prétexte qu'ils étaient soumis, mais aussi des dominants attaqués en justice par des soumis qui espéraient se faire de l'argent facile. Depuis, la loi a évolué sans cesse pour devenir un fouillis de règles et d'articles parfois assez abscons, et la jurisprudence est en voie de dépasser en taille celle concernant le divorce.  
 
Une fois son examen en poche, Honeymoon peut donc se préparer à son séjour sur le lieu de stage intensif pour l'épreuve pratique. Elle a une liste longue comme le bras de fournitures à se procurer : vêtements, sous-vêtements, dans des coupes et couleurs imposées, tout le nécessaire pour la toilette pour un mois, divers instruments destinés à un usage intime et personnel, dont certains la font déglutir assez douloureusement rien qu'à les regarder... Par erreur la réceptionniste lui avait tout d'abord fourni un cristal de données avec les la liste fournitures exigées d'un dominant : elle s'était demandée pourquoi on lui demandait d'acheter un fouet modèle "Henri Jones Junior" et des menottes de chevilles en cuir, avant de comprendre la méprise.
Le matin du départ, elle est fébrile... Le voyage sera court : pas plus d'une demie heure en magnétotrain, après tout le centre de stage n'est qu'à 650 kilomètres standard. Mais elle se sent d'un coup un peu incertaine de vraiment vouloir tenter le grand saut.
 
Son père va la rassurer. Il prend sa fille dans ses bras comme il ne l'a pas fait depuis très longtemps et lui parle, deux heures durant, de ses propres angoisses, de la peur de devoir se livrer face à des inconnus, de la peur d'être jugé... Mais, comme il le lui fait remarquer : il n'y a pas que les soumis qu'on juge, les dominants aussi doivent faire leurs preuves et montrer qu'ils ont l'étoffe pour ça. Elle se sent un peu calmée par les paroles paternelles, et en fin de compte c'est sa mère qui la rassurera pour de bon : si d'aventure elle trouvait que l'épreuve est trop dure, elle pourra rentrer quand elle le voudra à la maison, et choisir une autre orientation de vie.
 
Le magnétotrain file dans le long tunnel souterrain vers le centre, c'est un train privé aux couleurs de l'école Amantus. Le voyage passe très vite, et Honeymoon n'a presque pas le temps de faire connaissance avec la dizaine de soumis qui partagent son wagon.
 
Il y a là une fille assez jeune, vêtue de façon très provocante, comme une soumise professionnelle : sa tunique moulante laisse apparaitre par transparence ses seins et son absence de sous-vêtements, et elle porte aux poignets et aux chevilles des bracelets reliés par des chaines.  
 
Il y a aussi un homme plus âgé, habillé en costume de ville, dont rien ne laisse à penser dans sa mise qu'il a choisi d'être soumis.
 
Une femme assez vieille, sans doute bien plus de 150 ans, on reconnait sur elle les effets du permalift, une peau trop lisse et trop brillante... Elle porte au cou un simple collier de cuir serré, muni d'un anneau assez évocateur.
 
Deux jumelles aussi, l'une exerçant sans vergogne sa domination sur l'autre, l'envoyant lui acheter ci, puis chercher ça... Honeymoon s'étonne...  
 
Une fille habillée comme une gravure de mode préhistorique aussi, longue robe noire, large, au décolleté plongeant, autour du cou un ruban de soie noire pris dans une gangue de dentelle blanche. Elle toise les autres voyageurs d'un air un peu pincé, et évite tout contact physique avec application.
 
Soudain retenti la sonnerie et le système de conduite automatique annonce :
 
"Centre de Formation de l'Académie Amantus, terminus du train, tout le monde descend."


Mar 3 nov 2009 Aucun commentaire