Sadèmes, nouvelles sado-masochistes
Gare St Laz', terrasse du café, j'machouille ma lèvre, un peu tendue, nan, total stressée en fait. J't'attends, t'es en retard, de presque rien, pis ça se trouve ma montre avance, mais 'tain... c'dur de t'attendre... Pourtant j'te connais même pas, deux fois qu'on s'est juste entraperçus à la cam, image écrasée, manque de contraste, neigeuse, des traits mal définis... Mais si on s'connait, on s'est parlé dix fois, cent fois, mille fois, avoués c'qu'on aimerait vivre, c'qu'on veut.
J'commence à avoir l'coeur qui bat, très très fort... Les jambes qui m'démangent de les prendre à mon cou pour filer à l'anglaise, j'me lève déjà, le ventre tout noué, j'hésite, un pas vers le quai, et là...
Ta voix... j'la r'connais, comme au tel, l'timbre un peu métallique et lointain en moins, l'est chaude, et j'ai les genoux tout mous. Ton souffle chaud, purée, j'vais mourir, j'ose pas m'retourner pour te r'garder...
"Ben alors? Tu t'sauves sans dire bonjour? T'aurais la trouille peut-être, gamine?"
"Gamine" qu'tu m'appelles, passe que j'ai 3 mois d'moins qu'toi. J'me r'tourne et j'te fixe dans les yeux, en serrant les dents et j'aboie :
"T'es à la bourre... J'allais pas camper là hein?"
Tension, malaise, éclairs allant de mes yeux à tes yeux façon manga... 3... 2.... 1.... FIGHT!
T'éclates de rire, c'est comme le 14 juillet, ça explose de partout en jolies étincelles, mon coeur aussi, j't'aime déjà. J't'arrive à peine à l'épaule et pourtant... J'te chope par les cheveux, juste assez longs pour ça et j'tire, tout en te foutant un bon coup dans l'ventre pour que tu t'plies
J'déteste attendre... T'as pas fini d'le payer ce deuxième café que j'ai dû boire pour passer l'temps mon vieux... Nan, t'as pas fini d'le payer.
Pas flancher, pas t'montrer à quel point ta gueule d'ange m'donne le tournis, à quel point chuis raide dingue, à quel point je mouille de t'avoir à ma pogne. J'tire tes tifs un peu plus, tu grimaces, et je vois dans tes yeux une pointe, un éclair de respect, comme si tu commençais tout juste à l'croire. Ouais mon gars...fini d'jouer... T'es à moi... Et tu vas en baver.
J'te relâche, je souris même pas, chuis sur le point de tomber dans les vapes de trac... Mais j'tremble pas. Je reste froide, j'sais que si j'te montre c'que j'ressens maintenant ce sera foutu pour de bon, déjà qu'tu m'prends à peine au sérieux.
C'est vrai quoi... Chuis presque naine, toute maigrichonne, je sais qu'j'ai l'air fragile, et qu'on a juste envie d'me protéger... Les mecs comme ça qui veulent m'protéger, j'ai juste envie d'leur flanquer mon poing dans la tronche.
Je sais qu'si j'flanche, t'auras envie de m'protéger, tu d'viendras mielleux, faux, commun...pas intéressant... Alors je d'viens dure comme de la glace, comme un d'ces glaçons fins et pointus qui tombent des toits en hiver.
"Allez, bouge, on s'arrache. On va pas passer la nuit là... "
J'te claque la fesse, me force à sourire un peu en coin. Tu t'es r'dressé, l'air de rien, mais la lueur a pas quitté tes yeux... Tu m'suis, sans rien dire, je sais qu'tu mates mon cul, j'résiste à l'envie de rouler des hanches pour t'séduire, connerie de cliché à la con... Aujourd'hui la pute c'est toi...
D'ailleurs, pour rétablir un peu la hiérarchie, j'te laisse passer d'vant au portillon du métro, et j'te pelote au passage, pas une ptite caresse douce, nan, un geste de propriétaire, ma main sur ton cul sans vergogne, une tape pour finir, sèchement. J'claque ma langue... T'as un cul d'enfer... Rond, dur, bien moulé dans ton jean taille basse...
Jt'e mate, quand tu marches, ton pas de mec pas pressé, viril et cool à la fois, et j'me marre en voyant une nana ou deux se r'tourner sur ton passage et te dévorer du r'gard avec des papillons dans les yeux, façon manège enchanté... Si elles savaient...
Elles s'diraient : "Quel gâchis, un mec comme lui, si prometteur, et c'est qu'une sorte de lavette, de serpillère..." Soumis, c'presque une insulte ça, dans not' monde où un mec doit être fort, et dominateur... Soumise ça c'est presque normal, mais soumis, c't'une tare.
Si elles savaient... Si elles pouvaient comprendre le combat que c'est que d'te forcer à enfin briser la chaîne que nous impose not' culture, ce que c'est que d't'amener au bord de c'que tu es vraiment, c'que c'est que d'te libérer de c'que l'histoire et ta famille ont fait d'toi...
On est arrivés. Tu montes d'vant moi, tu t'arrêtes d'vant ta porte, et j'sais qu'c'est là, j'reconnais ton nom sur la sonnette...
Tu ouvres et tu m'laisses entrer, mais j'te chasse d'un mouvement d'la main.
"Passe devant, j'veux encore mater ton derche... Pis ôte moi ton futal, allez, magne..."
J'ai pas encore fermé la porte que déjà tu baisses ton froc, un sourire grivois sur la figure, tu bandes déjà, j'peux l'voir d'ici. Je r'tiens un rire, purée...t'es bien gaulé...
"Assis."
J'te montre la chaise, tu t'assois avec une lenteur calculée et tu tournes un peu la tête à droite puis à gauche, pour faire craquer tes vertèbres, histoire d'te détendre sans doute, puis aussi d'me montrer que pour l'moment j't'intimide pas vraiment.
C'est un réflexe... Je veux pas encore t'faire mal, j'veux juste que tu m'prennes au sérieux, Ma main s'lève et t'en flanque une, puis une autre, la paume, puis l'dos, un véritable aller-retour. Tu laches un "Han" mais tu n'frémis qu'un peu... Et tu bandes... Dieu qu'j'aime ça... Encore une baffe, ayé, tu baisses les yeux...
J'te r'garde, longtemps... J'te dévore... Un cadeau d'Noël avant l'heure, un sentiment inespéré, comme un ptit miracle... J'ai envie d'te claquer encore, d'voir tes yeux s'embuer de douleur, mais je me force à respirer doucement. T'auras mal...mais pas trop vite... Si ça va trop vite t'en auras pas pour ton argent.
"Retourne-toi. Assieds-toi dans l'aut sens sur la chaise, j'veux voir ton dos... C'est l'heure de payer l'addition chéri."
J'laisse traîner un peu ma voix sur l'dernier mot, moqueuse... Chéri... C'est pas un mot tendre, c't'une insulte là... Si j'voulais être tendre j't'appellerais ma salope... Tes gestes sont lents, tu fais rouler tes muscles sous ta peau, tu m'montres ton cul bien rond avec un sourire par dessus ton épaule, j'te colle une claque sonore dessus, et ordonne :
"Assis!"
Je chope la ceinture dans ton pantalon qui traîne par terre, tu entends le bruit et j'te sens ravaler ton air, d'impatience et d'envie... J'vais commencer par t'caresser avec, j'te marquerai pas encore...
"J'aime pas attendre, connard... Vraiment pas. Puis l'café était dégueulasse, et j'ai été obligée d'en boire deux en plus, parce qu'il caillait comme pas permis sur c'te terrasse. Tu peux pas être Premier coup sans prévenir, sur ton dos à l'heure putain? Second coup, toujours pas très fort Et pis t'as pas idée d'porter une chemise aussi moche bordel! Tu cherches à allumer encore un coup, puis un autre, j'y prends goût, tu soupires quelle pouffiasse avec ton air de bucheron canadien?"
Je lâche la ceinture une minute pour aller dans la cuisine, je farfouille dans les tiroirs et j'trouve ce que je cherche : un couteau à steack, je r'viens vers toi et je te montre la lame avant de me replacer dans ton dos.
"Tu vas souffrir, j'veux t'entendre gueuler... "
La lame frôle d'abord ta nuque, plusieurs fois. j'aime quand tu frissonnes, tu sais pas si c'est du lard ou du cochon, si j'vais appuyer la lame ou pas, tu sais qu'j'adore le sang, et je sais qu't'en as peur, mais qu'ça t'fascine... j'descends l'couteau sur le bas de ton dos, je te pique la peau à travers la ch'mise. tu t'contractes, tu t'cambres, tu m'excites, punaise... Mes seins s'dressent de sentir ta peur et ton désir ambigüe.
"Ca va faire mal ça... très mal... Tu vas m'supplier, m'insulter, mais si tu bouges, j'te crève doucement... Si tu t'rebiffes, j'te serre les couilles à t'en faire chialer... et tu pourras rêver d'avoir autre chose qu'une poche de glace pour te t'nir compagnie cette nuit..."
Je mords ma lèvre, pour pas rire de ton air surpris et déconfit... Tu sais pas où j'veux en v'nir, tu m'pensais pas si extrême, tu sembles sur le point de dire un truc, tu t'ravises, tu veux pas passer pour un trouillard, un branleur...
J'passe la lame sous ta chemise, je tire l'tissus et scrrrrrtch... j'découpe, du bas vers le haut, j'te sens d'abord soulagé qu'ce soit pas ta peau, puis outré, tu râles, ta ch'mise neuve! J'te claque l'arrière du crâne façon Gibbs dans NCIS, j'adore ce geste plein de morgue, très cool, très sec.
"T'avais qu'à pas porter c't'horreur! Tu t'prends pour un fantasme vivant? T'assumes... J'partage pas! J'te paie pas pour faire le beau et parader d'vant les femelles en chaleur en ch'mise de bucheron..."
Les pans de la chemise pendouillent sur tes bras, tu commences à te tortiller pour les ôter : nouveau coup sur le crâne, bouge pas, et je tire les pans vers le bas pour dénuder tes bras, le tissu repose sur tes poignets, tes mains tiennent le dossier d'la chaise.
"Ah ben voilà une jolie toile vierge... Tu sais c'que j'vais peindre mon ours? Du Kandinsky! T'vas aimer!! Des lignes des traits, jetés sur la toile comme ça, sans but, et ensuite on y voit d'belles formes, des volutes, des visages..."
J'ai l'vé la ceinture et elle s'abat sur toi pour zébrer ton dos de l'épaule à l'omoplate, puis elle s'enroule sous tes côtes, le bout mord ton bras, les coups pleuvent d'abord lentement, puis plus vite, dans tous les sens, j'mets un point d'honneur à c'que ce soit irrégulier mais harmonieux, je me sens monter, mon bras chauffe, mes cuisses frissonnent, mon ventre se serre, ton dos m'fait envie maintenant, m'attire, je jette la ceinture et je plante mes dents, et je savoure ta douleur, ta sueur légère qui perle, ton goût de mâle, de bête... Je t'aime... je ronronne...
T'as crié un peu en sentant mes dents mordre ta chair à vif, les marques gonflent un peu sur ta peau, tu frissonnes mais j'sais que c'est pas d'froid ni d'douleur ou d'peur. J'partage parfois ce besoin que tu as d'avoir mal, comme pour te punir d'être ce que tu es...
Moi j'aime c'que tu es... J't'aime avec ou sans c'te douleur que j'te donne... Tu m'rends toute chose avec ton sourire si franc, ta voix si chaude, des fois j'dégouline de t'entendre m'parler au téléphone... Mais j'm'en veux. Parce qu'j'déteste être qu'une pauv'fille accrochée à tes basques parce que t'es beau gosse. J'déteste c't'envie d'être une chose toute molle dans tes bras qui te lasserait au bout d'une semaine ou deux...
Tout comme toi tu détestes c'mec trop mec, un peu macho, persuadé qu'il doit sauver l'monde, ou au moins protéger la veuve et l'orphelin... Tu t'interdis d'souffrir, d'ressentir, d'aimer, d'pleurer, passe que tu veux être un mec, un vrai... Passe qu'on t'a éduqué comme ça... Alors qu'au fond tu rêves de chialer dans les bras d'quelqu'un...
C'est comme ça qu'on s'est trouvés, en râlant que merde, c'te société nous bouffe en nous obligeant à dev'nir des gens qu'on a pas envie d'être.
Je r'cule, j'observe mon oeuvre de plus loin, il manque quelque chose... C'est trop... large... Il manque ces lignes fines et ourlées qui donnent de l'énergie à l'ensemble...
Je cherche des yeux... un truc fin... Je souris en voyant ton PC, sur le bureau, là où t'es assis quand on parle sur msn... Ton portable a fini d'charger... je le débranche et je plie en deux le fin câble du chargeur... Tu m'entends faire, tu t'retournes, tu grimaces, et tu ronchonnes que t'as déjà eu ta dose, mais je sens que c'est pour m'provoquer, je ris...
"Tu rigoles? Tu crois que j'vais t'laisser t'en tirer avec un tableau pas fini? Ah non mon grand, serre les dents et serre les fesses, ça va siffler! Ca laisse de belles boucles bien vives ça, le câble électrique. Tu vas aimer, t'aimes les belles choses! T'as bon goût au fond, sauf pour les ch'mises..."
Je n'porterais que 4 ou 5 coups, sorte de point final à mon oeuvre... Mais tu gémis fort, et je sais quelle douleur tu r'ssens, vive, brûlante, acide sur ta peau, j'connais ça pour m'être fait ça toute seule pendant des années... J'sais où frapper, pour qu'la douleur soit vive, mais supportable : l'arrondi de tes bras, les côtes, le galbe de l'épaule...
Ayé, je suis à nouveau très excitée... Cette fois j'veux plus m'arrêter, j'veux profiter de toi sans me r'tenir... Tu te r'tournes, j'ôte ton caleçon, tu bandes... J'utilise le cable de ton chargeur pour attacher tes mains dans le dos d'la chaise, je serre pas fort, mais tu aimes que j't'empêche de bouger je crois.
J'te r'garde... j'ôte mes fringues, pas toutes, juste mes shoes, mon futal, ma culotte... Je me mets à genoux, et j'commence à te caresser, puis te lécher, et j'mords à l'intérieur de tes cuisses pour bien t'rappeler que si j'ai plus envie d'te sucer j'peux aussi juste m'arrêter et t'faire mal encore... Tu soupires, tu gémis déjà... Je mords fort...
"Arrête de croire que tu vas jouir, putain, j'veux juste que t'aies une queue assez grosse pour m'faire du bien. Calme ta joie et la ferme! Un gode ça jouit pas!"
Je m'empale sur toi et j'bouge les reins, jusqu'à trouver le point qui m'fera décoller... Je sais pas si tu vas t'nir... Si tu tiens pas, j'te ferai mal... Mais tu te mords la lèvre fort pour pas jouir tout de suite... J'te vois faire, tu obéis, tu as rejeté la tête en arrière pour arrêter d'penser, pour arrêter d'sentir, tu m'excites, tu...oui...Oh...Oui!!! Je m'accroche à tes épaules, je jouis... Et je souffle
"Viens, salope... viens..."
Et je mords ton menton, ta gorge, je mordille pendant que tu jouis, sans un cri, sans un mot... je sens tes larmes salées sur tes joues, je les lèche... Je t'aime...je te le dis...
Sam 24 oct 2009
1 commentaire
C'est beau mais j'ai eu bcp de mal avec ce type d'écriture "ados"
misslililove - le 13/01/2012 à 22h56
c'était une dédicace à Priscille, j'avais envie de donenr corps à une sale gosse :)
Kireseth